Le chat passe souvent pour un animal difficile à nourrir.
La réalité est bien plus simple : son sens du goût est peu développé, parfaitement adapté à son régime de carnivore strict, et largement subordonné à son odorat.
Connaître ses capacités gustatives, c’est mieux appréhender son comportement alimentaire — et éviter bien des erreurs.
La langue du chat : un organe aux multiples fonctions
La langue du chat est bien plus qu’un organe du goût. Longue de 7 à 10 cm chez l’adulte, elle est couverte de papilles filiformes kératinisées orientées vers l’arrière, en forme de crochets creux. Ces papilles lui permettent de :
- Saisir et traiter les aliments solides
- Se toiletter efficacement — la langue agit comme une brosse
- Boire avec une précision remarquable — en créant une colonne de liquide capturée en une fraction de seconde (Reis et al., 2010, Science)
- Participer à la thermorégulation par évaporation de la salive

475 papilles gustatives contre 9 000 chez l’humain
Le chat possède entre 250 et 475 papilles gustatives — contre 9 000 chez l’humain et 1 700 chez le chien. Cette différence considérable explique pourquoi le goût joue un rôle secondaire dans l’évaluation des aliments. C’est l’odorat qui prime, toujours.
Ce que le chat perçoit — et ce qu’il ne perçoit pas
Pour comprendre le comportement alimentaire du chat, il faut d’abord comprendre ce que la langue du chat est capable — ou non — de détecter.
Ce qu’il ne perçoit pas : le sucré
Les chats n’ont pas de récepteurs fonctionnels pour le goût sucré (T1R2/T1R3). Ils sont incapables de percevoir les glucides — une mutation génétique commune à tous les carnivores stricts, résultat d’une pression évolutive qui a éliminé un trait inutile à leur survie (PLOS Genetics, 2005).
Ce qu’il perçoit peu : le sel
Le chat perçoit le sel mais y est peu sensible gustativement. Contrairement aux idées reçues, la pression artérielle du chat est insensible au sel et un régime pauvre en sel n’est pas recommandé — il peut même être délétère. Un apport modérément enrichi en sodium augmente la diurèse et dilue les urines, ce qui est bénéfique pour prévenir les calculs urinaires. Aucune altération de la fonction rénale n’a été démontrée même avec un régime enrichi en sel sur 2 ans (Le Point Vétérinaire, 2013). La dose toxique reste très élevée : 4 à 5 g/kg — soit une ingestion massive et accidentelle. En usage quotidien, les excès ponctuels restent à éviter : poissons fumés, sardines en conserve et aliments industriels riches en sel.
Ce qu’il perçoit : l’amer et l’acide.
Les chats ont un seuil très bas pour l’amertume — ce qui les protège contre l’ingestion de substances toxiques ou avariées. Les récepteurs T2R sont nombreux et variés, une adaptation évolutive qui permet de reconnaître un large éventail d’alcaloïdes toxiques.
Une légère attirance pour l’acidité est également présente, liée à leur consommation de viande légèrement maturée — une source naturelle de nutriments pour les félins sauvages. Les récepteurs acides ne réagissent qu’à de très fortes concentrations — une faible acidité ne bloque pas l’ingestion si l’umami est présent et attractif.
Ce qu’il perçoit avant tout : l’umami
L’umami est la saveur des protéines animales — viande, bouillon, acides aminés. C’est le signal gustatif principal du chat, celui qui lui indique qu’un aliment est nutritionnellement intéressant. Le chat possède un système gustatif hautement spécialisé pour détecter ces composés umami, essentiels dans son alimentation carnivore. Ses papilles fungiformes, circumvallées et foliées sont spécialisées pour détecter cette saveur (Jiang et al., 2005).
Le goût au service de la sécurité alimentaire
La langue du chat, combinée à l’odorat, est un outil de sélection alimentaire redoutable.
Le goût du chat, combiné à l’odorat, lui permet de :
- Rejeter les aliments avariés ou toxiques
- Préférer les aliments frais — il rejette ceux exposés trop longtemps à l’air
- Détecter les composés issus de l’oxydation ou de la dégradation des aliments
Si l’odeur d’un aliment ne convient pas au chat, il est peu probable qu’il le goûte. L’odorat précède toujours le goût.
Les préférences alimentaires individuelles peuvent varier selon l’exposition à différents aliments dès le jeune âge — et sont souvent influencées par les habitudes alimentaires de la mère (Bradshaw, 2006).
Thon et jambon
Le jambon
À donner avec modération en raison de sa teneur élevée en sel et de ses additifs nitrités.
Le thon
Donné occasionnellement et en quantité raisonnable, le thon ne pose pas de problème. En revanche, nourrir son chat essentiellement avec du thon en boîte est dangereux pour plusieurs raisons :
- Absence de vitamine E
- Absence de taurine
- Présence de thiaminase — enzyme qui détruit la vitamine B1 et provoque une carence
- Présence de mercure et d’arsenic
Conclusion
La langue du chat offre moins de nuances gustatives que la nôtre. Ne vous inquiétez pas si son alimentation vous semble peu variée. Ne culpabilisez pas pour cela. L’équilibre alimentaire est important — mais des menus très variés tous les jours ne sont pas nécessaires. Ce qui compte pour lui, c’est la qualité des protéines animales et la fraîcheur des aliments, pas la diversité des saveurs.
Questions fréquentes
Pourquoi le chat ne mange-t-il pas de sucre ?
Parce qu’il n’a pas de récepteurs pour le goût sucré. C’est une mutation génétique commune à tous les carnivores stricts — inutile pour un animal dont l’énergie vient exclusivement des protéines et des graisses animales. Le chat synthétise les glucides dont il a besoin par néoglucogenèse — à partir des protéines et des acides aminés.
Pourquoi mon chat renifle-t-il sa gamelle avant de manger ?
Parce que l’odorat précède le goût. Si l’odeur d’un aliment ne correspond pas à ses critères olfactifs — trop froide, trop vieille, oxydée — il ne la mangera pas, indépendamment de son goût.
La langue du chat ne prend le relais qu’une fois l’odorat satisfait.
Mon chat est-il difficile ou capricieux ?
Pas nécessairement. Il perçoit peut-être une trace d’amertume ou une odeur qui le dérange.
Vérifiez la fraîcheur, la température et la texture des aliments avant de conclure à un comportement capricieux.
Si vous voulez mieux comprendre la nature profonde de votre chat — ses besoins, son comportement — je suis là pour vous accompagner.
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Sources :
Jiang et al. (2005) — PLOS Genetics (2005) — Bradshaw (2006) — Reis et al. (2010), Science — Noel et al. (2018), PNAS

