On connaît Hemingway pour la pêche au gros, les safaris, les guerres couvertes en reporter. On le connaît moins pour ce qu’il fut aussi, toute sa vie durant : un homme entouré de chats, parfois par dizaines. Les chats d’Hemingway ont même leur propre légende, encore vivante aujourd’hui.
Snow White, le premier chat
L’histoire commence à Key West, en Floride, où Hemingway s’installe dans les années 1930. Un capitaine de navire du nom de Stanley Dexter, avec qui il partage sa passion de la pêche, lui offre un chaton blanc au trait particulier : six doigts à chaque patte avant au lieu de cinq. L’écrivain le baptise Snow White.
Ce trait, la polydactylie, est une mutation génétique dominante, sans gravité, assez répandue chez les chats des ports de la côte est américaine et des Caraïbes — les marins leur prêtaient traditionnellement un rôle de porte-bonheur et une meilleure stabilité en mer. Hemingway, réputé pour son côté accident-prone, s’y montre particulièrement attaché.
Snow White donnera naissance à plusieurs générations de chats à Key West. Aujourd’hui encore, la maison-musée Ernest Hemingway Home compte une soixantaine de chats, dont environ la moitié polydactyles, tous considérés comme ses descendants. On les surnomme communément les chats d’Hemingway.
Les chats d’Hemingway à Cuba : la vraie colonie féline
C’est à Cuba, dans sa propriété de la Finca Vigía près de La Havane, que la passion de Hemingway pour les chats prend une tout autre dimension. Il y emménage en 1939 avec sa troisième épouse, Martha Gellhorn, et commence à élever des chats — chose qu’il n’avait pas faite à Key West, où il gardait plutôt des paons. C’est véritablement à la Finca que naît la grande colonie des chats d’Hemingway.
Le premier chat cubain est une chatte angora grise, Princessa, suivie de deux chatons trouvés dans le village de pêcheurs de Cojímar : Good Will et un certain Boise (que Hemingway appelait d’abord Dillinger). Boise deviendra son chat préféré, au point d’être immortalisé sous son propre nom dans le roman posthume Islands in the Stream.
La colonie grandit vite. Dès 1943, Hemingway compte onze chats à la Finca. Il écrit à sa première épouse, Hadley : « Un chat en amène toujours un autre… » Il ira jusqu’à posséder plus d’une vingtaine de chats simultanément, tous nommés — souvent d’après des célébrités de l’époque : Clark Gable, Zane Grey, Furhouse, Uncle Wolfer. Lui et sa dernière épouse, Mary, les surnommaient affectueusement leurs « usines à ronrons ».
Un attachement qui n’avait rien d’anecdotique
Les lettres de Hemingway montrent un homme réellement affecté par ses chats, au-delà du folklore. En 1953, lorsque son chat Uncle Willie est percuté par une voiture et gravement blessé, Hemingway écrit à un ami la détresse de la situation, décrivant les fractures de l’animal et sa propre tentative désespérée de le soigner — l’un des rares témoignages directs de sa relation à ses chats, sans mise en scène littéraire.
C’est dans ce contexte qu’il faut replacer sa formule la plus citée sur les chats d’Hemingway :
« A cat has absolute emotional honesty: human beings, for one reason or another, may hide their feelings, but a cat does not. »
(« Un chat a une honnêteté émotionnelle absolue : les êtres humains, pour une raison ou une autre, peuvent cacher leurs sentiments, mais un chat ne le fait pas. »)
Une phrase souvent citée sans contexte, mais qui prend tout son sens quand on sait qu’elle vient d’un homme ayant partagé sa maison, ses lettres et son quotidien avec des dizaines de chats pendant plus de vingt ans.
Un héritage vivant
Hemingway meurt en 1961. Sa maison cubaine, nationalisée, perd progressivement ses chats faute d’entretien. Mais à Key West, la lignée de Snow White perdure : la tradition de baptiser chaque nouveau chaton du nom d’une personnalité continue encore aujourd’hui, par vote du personnel du musée.
Des chats d’Hemingway à ceux qui vivent aujourd’hui à Key West, il y a un fil ininterrompu — et une histoire qui en dit plus long sur l’écrivain que bien des biographies.
Si vous voulez mieux comprendre la nature profonde de votre chat — ses besoins, son comportement… — je suis là pour vous accompagner.



